Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent

On attribue ce bon mot à l’Empereur Romain Caligula né il y a deux mille ans et décédé plus ou moins tragiquement 29 ans plus tard.

Caligula était l’arrière-petit-fils d’Auguste et le tonton de Néron. Voilà pour le bien pâle pedigree. Pour le reste de sa généalogie, adressez-vous aux Mormons.

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés

En réalité, Caligula n’était qu’un surnom, son vrai titre étant Caius César Auguste Germanicus, pontife suprême, investi de la puissance tribunicienne pour la 4e fois, consul pour la 4e fois, père de la Patrie.

Ça en jetait pas mal, mais comme c’était un peu long, le peuple lui préféra le surnom affectueux de Caligula. La caligae était la chaussure réglementaire des légionnaires romains. Caïus Augustus ayant passé sa tendre enfance à arpenter le front Germanique chaussé d’une version junior de ses chaussures, les militaires l’avaient affectueusement surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite sandale ».

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Fier légionnaire romain

Digression : des études scientifiques très sérieuses indiquent que la présence prolongée de légions romaines sur les bord du Rhin auraient entraîné l’atavisme pathologique des Allemands envers les chaussettes dans les sandales.

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Caligae contemporaine dite de Würtemberg

Chasser le naturel, il revient au bungalow.

S’être fait appeler tout sa courte vie « mini tong » en lieu et place de Caïs Augustus Germanicus peut expliquer que l’homme soit devenu un des tyrans les plus cruels de l’histoire de Rome.

Toujours est-il que Caligula hérite du pouvoir à la mort « accidentelle » de son père adoptif, l’Empereur Tibère (le pauvre homme se serait malencontreusement étouffé sous ses oreillers). Mini Tong se fait nommer Empereur, adopte dans sa magnanimité le jeune fils de Tibère (en fait l’héritier légitime du trône), avant de le faire assassiner quelques temps plus tard. Ces gens-là n’ont pas de manières.

Le Peuple se réjouit d’abord de l’arrivée au pouvoir de ce jeune Romain aimé des légionnaires. Faut dire que l’Oncle Tibère n’était pas un tendre. Mais perpétuant la tradition de son prédécesseur Tibère, Caligula devient rapidement un tyran complètement maboule.

Caligula, complètement tsouin-tsouin

Une si jolie nuque sera tranchée dès que j’en donnerai l’ordre

Ses fantaisies, parfois cocasses, parfois monstrueuses, furent innombrables. Se prenant pour un dieu, il ré institua le sacrifices humains à sa gloire. Des sources apparemment bien renseignées nous indiquent que connu pour ses nombreux adultères, il se serait tapé toutes ses sœurs, et ça c’est dégueu. Cyclothymique, schizophrène et mégalomane, il faisait décapiter proches et collaborateurs pour un oui ou pour un non. Pas cool.

Ménager la chèvre et le chou

Pourquoi tant de haine ? Peut-être parce que, selon Suétone,  le vil Caligula était fort disgracieux : « [..] le corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait grêles, les yeux enfoncés et les tempes creuses, le front large et torve, les cheveux rares, le sommet de la tête chauve, le reste du corps velu ; aussi, lorsqu’il passait, était-ce un crime capital de regarder au loin et de haut ou simplement de prononcer le mot chèvre, pour quelque raison que ce fût. »

Coquillages et crustacés

Voulant se couvrir de la gloire militaire qui sied à un Empereur, Micro-Tropéziennes monte une expédition pour envahir l’actuelle Angleterre.

Mais il n’ira pas plus loin que Boulogne-sur-Mer, où il ordonne à ses soldats de…ramasser des coquillages sur la plage. Figurez-vous une cohorte romaine à la pêche aux moules. (allez-y, figurez-vous).

Il considéra que c’était suffisant pour rentrer auréolé de gloire à Rome, avec quelques moules mêmes pas marinières pour toutes preuves de la domination Romaine sur les mers du Nord.

Il eût quand même la délicatesse de faire construire un phare sur la falaise de Boulogne-sur-Mer, connu sous le nom de Tour d’Ordre.

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Boulogne-sur-Mer – Vue de la tour d’Ordre

 

Mon Royaume pour un Cheval

Sa dernière folie, peut-être la plus cocasse, fût son amour démesuré pour son cheval Incitatus. Il lui fît construire une écurie toute d’ivoire et de marbre avec mobilier, esclaves et cuisine équipée. Il l’invitait à sa table et donnait des dîners en son honneur.

On dit qu’il voulût faire nommer le canasson Consul. Ce fût la croûte qui fît déborder le blaze. C’est donc la veille de cette supposée nomination que deux tribuns de la garde prétorienne l’attendent au détour d’un couloir sombre pour l’assassiner de trente coups d’épée. Il faisait un temps légèrement couvert ce matin-là.

Et puis d’ailleurs pourquoi trente coups d’épée? Ils ont compté à voix haute? Ils ont fait moitié-moitié ou y’en avait qui avait la main plus lourde ?

L’Histoire ne le dit pas. C’est louche.

Toujours est-il qu’avec un caractère pareil, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on lui attribue notre citation du jour.

D’où l’expression.

Bien à vous,

Jean-Edern

P.S. Caligula a fait l’objet d’un célèbre film de 1979 à la symbolique érotique. Normal le producteur était également le propriétaire du magazine Penthouse.

Une réflexion sur “Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent

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